Sahara Marocain: Christopher Ross à l’épreuve de son propre bilan
Par: Tlaty Tarik
Christopher Ross, ancien envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, est de nouveau au cœur du débat sur le règlement politique du différend. Il exprime son mécontentement face à l’évolution impulsée par la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, notamment en ce qu’elle consacre la proposition marocaine d’autonomie comme base des négociations.
La position de Ross soulève une question fondamentale : défend-il une approche susceptible de sortir le différend de l’impasse, ou s’accroche-t-il à des conceptions de négociation qui, durant les années où il a exercé sa mission de médiation, n’ont pas permis d’obtenir la percée politique escomptée ? D’autant que les controverses qui ont entouré son approche de ce dossier sont largement connues.
Le problème ne réside pas dans le droit de cet ancien diplomate à exprimer son opinion, mais dans la cohérence de son analyse avec les nouvelles réalités diplomatiques. La neutralité dans la médiation internationale n’est ni un privilège personnel ni une immunité contre la critique. Elle constitue une exigence qui s’évalue à l’aune de l’équilibre, de l’objectivité et de la capacité à rapprocher les points de vue, des qualités dont la crédibilité de Ross dans le dossier du Sahara a précisément été contestée.
Dès lors, remettre en question un nouveau cadre de négociation impose à celui qui le critique de présenter des arguments solides et des alternatives concrètes, plutôt que de se limiter à exprimer des réserves à l’égard des évolutions consacrées par le Conseil de sécurité, a fortiori lorsqu’il s’agit d’un ancien médiateur tel que Christopher Ross.
La résolution 2797 appelle à des négociations sur la base de la proposition marocaine d’autonomie, dans la perspective d’aboutir à une solution politique définitive et mutuellement acceptable. Cette évolution ne signifie pas que le différend est définitivement réglé, mais elle définit un cadre de négociation qui doit être pris au sérieux. Par conséquent, s’opposer à cette orientation sans proposer d’alternative plus réaliste laisse la position de Ross incomplète et ambiguë, tout en soulevant de légitimes interrogations, quelle que soit l’autorité diplomatique dont il se prévaut.
Après plusieurs années à la tête de la médiation onusienne, Ross ne saurait être dispensé de rendre compte des résultats de l’approche qu’il a défendue, des raisons pour lesquelles le processus de règlement est resté dans l’impasse et des solutions qu’il propose aujourd’hui pour surmonter une situation à laquelle son approche a, pour partie, contribué. Il n’est pas acceptable qu’un ancien responsable se transforme en simple observateur critique des choix de la nouvelle phase, sans que son propre bilan soit soumis à la même évaluation.
Quant à la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), son avenir doit être examiné à la lumière de son mandat onusien et de l’efficacité de son rôle dans le maintien de la stabilité et l’accompagnement du processus politique. Le maintien de la Mission ne saurait constituer une fin en soi, pas plus que la révision de ses tâches ne saurait justifier des décisions précipitées en dehors du cadre des Nations unies.
Pour le Maroc, la proposition d’autonomie sous souveraineté marocaine demeure le fondement de son approche visant à parvenir à un règlement politique du différend. Les évolutions diplomatiques récentes imposent désormais de dépasser les controverses d’interprétation pour engager des négociations sérieuses, conformes au cadre défini par le Conseil de sécurité.
Christopher Ross doit apporter des réponses plutôt que de se contenter de lancer des mises en garde : quelle alternative propose-t-il ? En quoi son approche serait-elle plus à même de surmonter les échecs des démarches précédentes ? Et comment explique-t-il le bilan de la période de médiation qu’il a lui-même conduite ?
L’ancien statut diplomatique ne confère à personne le monopole de la définition de la neutralité, et l’expérience ne dispense pas de l’examen critique. Dans le dossier du Sahara marocain, critiquer les évolutions onusiennes ne suffit plus : il faut proposer une lecture réaliste de la situation et des alternatives applicables, capables de contribuer à sortir de l’impasse plutôt que de la prolonger.
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