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Après la visite du roi d’Espagne à Ceuta, le ministère marocain des Affaires étrangères face à sa responsabilité historique

Après la visite du roi d’Espagne à Ceuta, le ministère marocain des Affaires étrangères face à sa responsabilité historique

La responsabilité politique ne saurait se dissimuler derrière des formules diplomatiques convenues, pas plus qu’elle ne peut se réduire à la gestion des crises une fois celles-ci devenues inévitables.

Ce qui est attendu du ministère marocain des Affaires étrangères, ce n’est pas simplement la publication de communiqués lorsque les faits sont déjà accomplis, mais l’élaboration d’une stratégie anticipative, à même de préserver les intérêts supérieurs du Royaume, de faire obstacle aux tentatives d’imposition du fait accompli et de clarifier la position marocaine auprès de l’opinion publique nationale et internationale.

Cette exigence apparaît d’autant plus légitime que Madrid ne s’est pas limitée à la visite royale. En septembre 2026, les autorités espagnoles ont également annoncé des mesures visant à renforcer l’intégration de Ceuta et de Melilla dans l’espace européen. Une telle orientation impose au Maroc une vigilance diplomatique accrue et une lecture stratégique des évolutions en cours, qui ne saurait se satisfaire de réactions circonstancielles ni de réponses élaborées dans l’urgence.

Dès lors, mettre en cause la responsabilité politique du ministère des Affaires étrangères face à l’absence d’une position publique claire ne signifie nullement appeler à une escalade inutile ou à une confrontation artificielle avec le voisin espagnol. Il s’agit, au contraire, d’exiger une diplomatie capable de discerner le moment où il convient d’exprimer des réserves, de formuler une protestation officielle ou de prendre l’initiative, plutôt que de laisser le silence occuper l’espace politique.

Le discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI avait pourtant adressé à l’Espagne un avertissement politique sans ambiguïté. Malheureusement, cet avertissement ne semble pas avoir été suivi d’une initiative diplomatique suffisamment visible de la part du ministère concerné. Or, les relations stratégiques entre les deux pays ne sauraient justifier la mise entre parenthèses des questions de souveraineté. De même, la coopération économique, sécuritaire et migratoire ne peut en aucun cas se substituer à la défense résolue des intérêts nationaux du Royaume.

Le danger majeur auquel se trouve confrontée la diplomatie marocaine ne réside pas uniquement dans les initiatives prises par l’autre partie. Il tient également au risque de voir ces initiatives se transformer progressivement en faits accomplis, en l’absence d’une communication officielle permettant d’exposer clairement la position du Maroc et de définir les limites de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas.

L’heure est donc venue de répondre avec transparence aux interrogations de l’opinion publique nationale. Quelle est la stratégie du Maroc à l’égard de Ceuta et de Melilla ? Quelles démarches diplomatiques le ministère des Affaires étrangères a-t-il entreprises, ou compte-t-il, à tout le moins, engager à la suite de la visite du souverain espagnol ? Pourquoi aucune position officielle clairement articulée n’a-t-elle été rendue publique à la hauteur de la portée politique et symbolique de cet événement ?

La souveraineté nationale n’est pas un slogan destiné à la consommation médiatique ; elle constitue une responsabilité institutionnelle permanente. À ce titre, le ministère des Affaires étrangères, en vertu de ses prérogatives, est tenu d’apporter des réponses précises à l’opinion publique. La défense des intérêts du Royaume ne saurait reposer sur le silence, encore moins sur l’abandon de l’initiative diplomatique à l’autre partie.

Si l’Espagne poursuit ses démarches en vue de consolider sa présence politique et institutionnelle à Ceuta, les Marocains sont pleinement fondés à poser une question essentielle : que fait concrètement leur diplomatie pour empêcher l’érosion de la position marocaine et préserver les intérêts stratégiques du Royaume ?

Cette question ne saurait demeurer sans réponse.

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