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Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision : quand le service public devient une plateforme de blanchiment des soupçons

Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision : quand le service public devient une plateforme de blanchiment des soupçons

L’une des missions fondamentales du service public audiovisuel est de refléter le pouls du peuple, d’offrir une tribune au débat responsable et de consolider les valeurs de probité et de reddition des comptes. Or, ce qui suscite aujourd’hui une vive inquiétude, c’est la dérive de certaines de nos institutions médiatiques, qui s’écartent de ce rôle vital en invitant des personnalités entourées de controverses et de soupçons, et en leur offrant de grandes tribunes nationales pour commenter des réussites et des moments de joie collective, comme s’il s’agissait de figures exemplaires.

L’affaire de l’Institut Moulay Rachid : un exemple flagrant

L’invitation du directeur de l’Institut Moulay Rachid, M. El Hussein El Bahii, sur un plateau principal de la télévision nationale pour commenter la victoire de l’équipe nationale locale à la Coupe d’Afrique, a provoqué un véritable choc dans l’opinion publique. Ce choc ne vient pas de la personne de l’invité en elle-même, mais du contexte et du timing : l’apparition est intervenue seulement quelques jours après la publication d’un rapport officiel accablant à son encontre, faisant état de dysfonctionnements financiers et administratifs, de soupçons de mauvaise gestion et d’abus de pouvoir.

Comment se fait-il qu’une personne au cœur d’une tempête de rapports noirs apparaisse devant des millions de Marocains, présentée comme analyste, acteur national et même « expert international », alors qu’il ne possède de l’expertise internationale que le nom ? N’est-ce pas là une insulte à l’intelligence des citoyennes et des citoyens, et une atteinte flagrante au principe de responsabilité ?

Le problème ne s’arrête pas à ce cas particulier : il révèle une crise profonde dans les critères de sélection des invités au sein de la Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision. On aurait pu attendre que la compétence, la probité et la spécialisation constituent les conditions premières pour toute participation, surtout lorsqu’il s’agit d’émissions nationales de grande envergure, parfois même liées à des enjeux de souveraineté.
• Le plateau télévisé est-il devenu un simple outil de blanchiment d’images controversées, au lieu d’être un espace de débat sérieux ?
• Où sont passés l’esprit de professionnalisme et le respect du public ?

Les médias : outil de confiance ou outil de dévalorisation ?

Le service public audiovisuel n’a pas le luxe de l’erreur : il est financé par les contribuables. Toute dérive dans le choix des invités se répercute directement sur le niveau de confiance entre les citoyens et leurs institutions.

Lorsqu’un citoyen voit une personnalité entourée de soupçons présentée comme expert ou analyste national, il a le sentiment que l’État ne prend pas ses préoccupations au sérieux, et que la corruption trouve encore des portes ouvertes jusque dans l’audiovisuel.

Ce comportement mine la confiance dans le message médiatique et transforme les grands programmes, censés immortaliser la joie nationale, en espaces de blanchiment d’images de personnes visées par des rapports de contrôle, dont certains pourraient même avoir des implications pénales.

La nécessité d’une révision en profondeur

La situation actuelle impose une révision radicale de la politique de sélection des invités de la Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision. Il est urgent d’établir des critères clairs et stricts, basés sur :

1. La probité et la transparence : éviter d’inviter des personnes citées dans des rapports négatifs non encore régularisés.
2. La compétence et l’expertise : privilégier ceux qui apportent une véritable valeur ajoutée à l’analyse.
3. La représentation responsable : choisir des invités en phase avec l’esprit de l’événement et ses valeurs.

Les Marocains n’acceptent pas que leur audiovisuel public se transforme en vitrine pour redorer l’image de responsables compromis dans la mauvaise gestion, ni que les moments de joie collective soient exploités pour diffuser des messages qui sapent les principes de transparence et de reddition des comptes.

Conclusion

L’invitation de personnalités controversées, comme ce fut le cas pour le directeur de l’Institut Moulay Rachid, n’a pas été une simple erreur passagère : c’est un signal d’alarme qui menace la crédibilité du service public audiovisuel.

Soit la Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision retrouve sa vocation d’un média intègre au service de la nation et du citoyen, soit elle continue à glisser vers la perte de confiance du public, devenant un instrument de dévalorisation au lieu d’un outil de construction.

Les Marocains méritent un média public sincère, responsable et intègre. Quant au blanchiment de visages suspects aux dépens de l’intérêt général, c’est une trahison de la mission du service public avant même d’être une trahison de la confiance du peuple.

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