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Après l’épuisement de son discours politique face à la raison, Benkirane revient à la violence

Après l’épuisement de son discours politique face à la raison, Benkirane revient à la violence

La récente sortie médiatique d’Abdelilah Benkirane a suscité une large vague de débats et d’étonnement, non seulement en raison de son contenu politique, mais aussi à cause du ton qui l’a caractérisée, un ton que beaucoup ont jugé éloigné des exigences d’un dialogue démocratique serein et responsable. Au lieu de répondre aux idées par des idées et aux arguments par des arguments, le discours a sombré dans une tension et une agitation peu dignes d’un responsable politique ayant accumulé de longues années d’expérience dans la gestion des affaires publiques. Quel dommage !

Ce qui inquiète dans cet épisode ne réside pas uniquement dans une divergence d’opinions entre un acteur politique et un universitaire, mais dans la vision sous-jacente qui semble considérer l’université et ses représentants comme des cibles légitimes de dénigrement et de suspicion dès lors qu’ils proposent une lecture critique ou posent des questions dérangeantes. Or, dans toute société démocratique, l’université n’est pas l’adversaire de la politique ; elle constitue au contraire un espace de production du savoir et de la critique rationnelle dont la politique elle-même a besoin pour corriger ses erreurs et améliorer son action.

Aux yeux d’une grande partie de l’opinion publique, la réaction de Benkirane a davantage ressemblé à une manifestation d’intolérance à la critique qu’à une véritable défense d’une position politique. Lorsqu’un universitaire interpelle un responsable politique avec calme et rigueur argumentative, et que la réponse prend la forme d’un discours chargé de tension, d’accusations et de généralisations, le message envoyé aux citoyens est clair : certains responsables politiques continuent de percevoir la pensée critique comme une menace plutôt que comme une opportunité de dialogue.

Le plus préoccupant dans un discours empreint d’agressivité est qu’il ne se limite pas à attaquer des individus ; il contribue également à affaiblir la valeur même du débat public. Lorsque l’emportement remplace la démonstration et que le ton élevé supplante l’argumentation, la sphère politique perd l’une de ses fonctions essentielles : celle de gérer les divergences de manière civilisée.

On était en droit d’attendre d’un dirigeant politique rompu à la gestion des affaires publiques qu’il offre un exemple de tolérance à la critique et de sérénité dans la réponse à ses contradicteurs, plutôt que de renforcer l’impression que certains courants peinent encore à accepter l’autonomie de la pensée ainsi que le droit des chercheurs et des universitaires à questionner le discours politique. L’universitaire n’est pas un adversaire qu’il faudrait réduire au silence ; c’est un citoyen qui dispose du droit de critique, tout comme le responsable politique dispose du droit de défendre ses positions.

La démocratie ne se mesure pas uniquement aux résultats des élections, mais également au respect accordé aux opinions divergentes. De ce point de vue, tout discours qui recourt au mépris, à la disqualification ou au dénigrement en raison d’un désaccord intellectuel constitue un signal préoccupant d’une crise dans la compréhension du pluralisme et de la valeur du dialogue. Cela conduit également à une interrogation légitime : comment les islamistes ont-ils exercé le pouvoir exécutif pendant dix années ? Cette question permet à elle seule de mesurer l’ampleur des difficultés et des frustrations vécues par de nombreux Marocains durant cette période.

Aujourd’hui plus que jamais, le Maroc a besoin d’un discours politique équilibré, respectueux de l’université, de la science et de la raison, qui considère la critique comme une occasion de progresser et non comme un motif de colère et d’emportement. Le retour aux méthodes fondées sur la tension et la surenchère verbale ne produira qu’un éloignement croissant entre le monde politique et les élites intellectuelles, ainsi qu’une perte de confiance accrue dans la capacité du discours partisan à s’élever au niveau du débat démocratique auquel aspirent tous les citoyens.

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