La patrie avant la Constitution… Un gouvernement d’union nationale pour un Maroc émergent et uni.
Par le Dr Tarik Atlaty
Lorsque le Roi Hassan II, que Dieu ait son âme, annonça, en date du 30 novembre 1983, la formation d’un gouvernement d’union nationale dirigé par feu Karim Lamrani, il ne s’agissait pas d’un simple remaniement gouvernemental. Cette décision constituait une réponse stratégique à une période exceptionnelle qui menaçait la cohésion et l’unité de l’État.
Le pays faisait alors face à des défis internes et externes étroitement imbriqués, imposant de dépasser les clivages partisans traditionnels et de reconstruire le front national.
Aujourd’hui, plus de quatre décennies plus tard, le Maroc se trouve confronté à un moment politique d’une sensibilité comparable, même si la nature des défis a profondément changé. Les crises économiques et sociales, l’érosion de la confiance dans plusieurs institutions civiles, ainsi que la crise migratoire sans précédent vers Sebta occupée durant l’été 2026 ont remis au premier plan une question déjà posée en 1983 : l’État a-t-il besoin d’un gouvernement d’union nationale lorsque l’intérêt supérieur du pays et la patrie doivent primer sur les calculs partisans ?
Sur le plan intérieur, le Maroc ne s’était pas encore remis des séquelles des deux tentatives de coup d’État de 1971 et 1972. Parallèlement, le Royaume était engagé dans une politique d’ajustement structurel, ce qui imposait de restaurer la confiance entre l’État et les forces nationales.
Sur le plan extérieur, la question du Sahara marocain entrait dans une phase décisive, avec l’intensification des affrontements armés sur plusieurs fronts sahariens.
Sur le plan économique, les conséquences de la crise pétrolière mondiale de 1973 continuaient de peser lourdement sur l’économie marocaine, qui connaissait un net ralentissement accompagné d’une hausse du chômage, alors même que la mobilisation de l’ensemble des capacités nationales devenait une nécessité urgente.
Dans ce contexte, l’objectif n’était pas simplement d’élargir la majorité gouvernementale, mais de construire un consensus national autour de questions existentielles, dépassant les calculs électoraux.
2026 : une crise d’une autre nature
Aujourd’hui, en 2026, les crises sont de nature différente, mais elles sont aussi plus complexes.
Même si le Maroc ne fait pas face actuellement à une menace militaire directe ni à des tentatives de coup d’État, il est confronté à des transformations d’une autre nature, plus aiguës et potentiellement plus dangereuses.
La migration collective sans précédent de dizaines de milliers de jeunes vers Sebta occupée n’a pas constitué un simple événement sécuritaire. Elle a révélé un signal particulièrement préoccupant d’une crise profonde de confiance, notamment entre une large partie de la jeunesse, d’une part, et le pouvoir ainsi que les institutions de l’État, d’autre part.
Ces événements ont mis en lumière l’imbrication de plusieurs crises.
D’abord, une crise économique, liée à la hausse du chômage et à l’érosion du pouvoir d’achat.
Ensuite, une crise sociale, marquée par le recul de l’espoir d’ascension sociale.
Enfin, une crise politique, résultant de l’affaiblissement de la médiation partisane et de l’absence de figures politiques suffisamment capables de répondre aux attentes de la société.
À cela s’ajoute une caractéristique qui marque les gouvernements depuis 2011 : le déficit de communication, qui traduit l’élargissement du fossé entre le discours officiel et les attentes des citoyens.
La crise est ainsi devenue multidimensionnelle et ne saurait être réduite à une simple difficulté conjoncturelle.
Si le défi, en 1983, consistait à parachever l’unité territoriale et à mettre en œuvre la politique d’ajustement structurel, celui de 2026 réside non seulement dans la consolidation de l’intégrité territoriale — laquelle exige constance, résilience et savoir-faire afin d’éviter tout retour en arrière — mais également dans la protection de la cohésion sociale, la préservation du capital humain national et la prévention de la transformation de la migration collective en phénomène structurel.
On peut également affirmer que, dans les deux périodes, une même conviction s’est imposée : le gouvernement en place n’était plus en mesure de gérer seul l’ampleur des crises auxquelles le pays était confronté.
sEn 1983, l’État avait besoin d’une mobilisation nationale.
Aujourd’hui, en 2026, le débat public, à la lumière de l’ensemble des déceptions et des échecs imputables à l’action partisane, fait émerger avec force la nécessité d’un gouvernement d’union nationale, doté d’une légitimité fondée non seulement sur les équilibres politiques, mais surtout sur la compétence et la capacité à sauver et redresser la situation.
Un tel gouvernement devrait être dirigé par une personnalité nationale bénéficiant de la confiance et de la crédibilité nécessaires, présentant les qualités d’un homme d’État : connaissance approfondie des dossiers, expérience, habileté politique et capacité à travailler avec les différentes forces partisanes.
Il devrait être en mesure de gérer cette phase avec compétence et responsabilité, en faisant prévaloir l’intérêt supérieur de la patrie sur les considérations partisanes et électorales, dans le strict respect des dispositions de la Constitution et des institutions en place.
Car, dans les périodes exceptionnelles, la légitimité de l’homme d’État et sa capacité à servir l’intérêt national peuvent s’avérer plus déterminantes que la seule légitimité arithmétique d’une majorité parlementaire et les mécanismes ordinaires qu’impose le fonctionnement constitutionnel.
L’institution Monarchique demeure, quant à elle, le garant fondamental de la stabilité et de la continuité de l’État, ainsi que l’institution capable de fédérer les forces nationales et de les orienter vers un objectif commun : bâtir un Maroc émergent, fort, cohésif et uni.
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