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Après la crise de Ceuta occupée… Le temps d’un gouvernement d’unité nationale est-il venu ?

Après la crise de Ceuta occupée… Le temps d’un gouvernement d’unité nationale est-il venu ?

Les événements survenus à Ceuta occupée ne relèvent plus d’une simple crise migratoire. Ils constituent désormais un véritable tournant politique, révélant que le modèle gouvernemental issu de la Constitution de 2011 a progressivement épuisé sa capacité à produire des réponses à la hauteur des défis auxquels le Maroc est confronté. Lorsque des milliers de jeunes choisissent de risquer leur avenir dans l’espoir d’une opportunité au-delà des frontières nationales, il ne s’agit plus seulement d’un malaise social : c’est l’expression manifeste de l’échec des politiques publiques à contenir le désespoir et à restaurer la confiance dans les institutions.

Cette crise a également mis en évidence l’absence préoccupante de plusieurs départements ministériels, au premier rang desquels celui de la Jeunesse et de la Culture, dont le responsable quitte cette séquence politique avec un bilan proche de zéro, ainsi que celui de la Solidarité, demeuré incapable de répondre aux attentes des populations les plus vulnérables. De l’emploi à la jeunesse, en passant par la solidarité, le constat est sévère : les résultats sont largement en deçà des besoins d’un pays qui avait davantage besoin d’une présence effective sur le terrain et d’une vision anticipative que de simples réactions dictées par l’urgence.

Ce qui s’est produit ne saurait être imputé à un seul département ministériel. Il s’agit de l’aboutissement d’années d’une gouvernance partisane, installée depuis l’adoption de la Constitution de 2011, davantage préoccupée par les équilibres entre majorité et opposition que par l’équilibre de la société elle-même. Dès lors, la véritable question n’est plus de savoir qui gouverne, mais comment les secteurs stratégiques du Royaume sont gouvernés dans une conjoncture aussi sensible.

Le Royaume n’est ni dans une situation d’exception ni confronté à une crise institutionnelle. Ses institutions demeurent solides et pleinement opérationnelles. C’est pourquoi l’idée d’un « gouvernement de salut national » ne trouve ni fondement constitutionnel ni justification politique. En revanche, la constitution d’un gouvernement d’unité nationale apparaît désormais comme une nécessité d’intérêt supérieur, bien davantage qu’un simple choix politique.

Le Maroc a aujourd’hui besoin d’une équipe gouvernementale à forte dominante technocratique, rassemblant des compétences nationales reconnues dans les domaines de l’économie, de l’emploi, de l’éducation, de l’investissement et de l’administration territoriale, loin des logiques de quotas partisans qui ont consumé le temps politique sans apporter de réponses à la mesure des attentes des Marocains. Il est tout aussi nécessaire de rompre avec des figures politiques imposées à la société marocaine au fil des circonstances, dans une confiance excessive accordée aux choix des appareils partisans.

Les nations ne se gouvernent pas par les fidélités partisanes lorsque les crises s’accumulent. Elles se gouvernent par la compétence, le courage, la responsabilité et la qualité de la gestion publique. L’après-Ceuta ne peut ressembler à l’avant-Ceuta, car le message adressé par ces milliers de jeunes et de mineurs, filles et garçons, est d’une clarté douloureuse : les slogans ne suffisent plus et les promesses ne convainquent plus.

La mise en place d’un gouvernement d’unité nationale ne constituerait nullement l’aveu d’un échec de l’État. Elle serait, au contraire, l’expression de sa maturité politique et institutionnelle. Elle traduirait la reconnaissance lucide que l’étape actuelle exige une nouvelle élite exécutive, capable de restaurer la confiance des citoyens, de rouvrir des perspectives politiques, économiques et sociales crédibles et d’empêcher que le désespoir ne s’installe durablement jusqu’à surprendre l’ensemble des acteurs nationaux.

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