Le prochain gouvernement : majorité politique et compétences technocratiques pour une étape décisive
Marsool Press
À l’entame des consultations autour des portefeuilles ministériels et des compétences appelées à les diriger, la question de la prochaine configuration gouvernementale apparaît comme dépassant largement la simple répartition des portefeuilles entre les partis. Elle renvoie à la capacité du prochain gouvernement à gérer une étape délicate, marquée par des défis sociaux, économiques, diplomatiques et stratégiques de plus en plus importants.
Le scénario politique envisagé demeure fondé sur une majorité réunissant le Parti de l’Authenticité et de la Modernité (PAM), le Parti de l’Istiqlal, le Mouvement Populaire, l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) et l’Union Constitutionnelle (UC). Une telle configuration permettrait de disposer d’une majorité parlementaire confortable et, en parallèle, de favoriser l’émergence d’une opposition clairement identifiée, en mesure d’assumer pleinement ses fonctions de contrôle, d’interpellation et de proposition d’alternatives.
Mais au-delà de l’architecture de la majorité, c’est l’architecture des compétences au sein du gouvernement qui constitue l’enjeu essentiel.
La prochaine étape exige de dépasser la logique d’une répartition des portefeuilles fondée exclusivement sur les équilibres partisans, au profit d’un principe fondamental : le portefeuille ministériel est avant tout une responsabilité nationale, avant d’être un acquis partisan. C’est dans cette perspective que prend toute son importance la mobilisation de compétences technocratiques, notamment dans les secteurs nécessitant une expertise technique et professionnelle approfondie.
Cela ne signifie nullement affaiblir la dimension politique du gouvernement. Bien au contraire, l’enjeu est de parvenir à conjuguer légitimité politique et expertise technocratique. Les partis sont appelés à proposer des personnalités politiques qualifiées, mais le gouvernement doit également pouvoir faire appel à des experts indépendants et à des cadres disposant d’une expérience professionnelle spécialisée lorsque la nature du secteur ou la sensibilité du dossier l’exigent.
Le choix d’un ministre devrait ainsi répondre à un ensemble de critères clairement établis : la spécialisation, l’intégrité, une expérience politique et administrative avérée, la capacité à gérer des dossiers complexes, la probité, l’aptitude à la prise de décision, les compétences en matière de communication et de négociation, ainsi que la capacité à obtenir des résultats mesurables.
Il conviendrait également d’intégrer ce que l’on pourrait appeler une responsabilité sociale. Le choix d’un ministre ne peut en effet être dissocié de sa responsabilité à l’égard de la société et des attentes des citoyens. Le ministre n’est pas seulement le gestionnaire d’un département ; il est aussi un responsable politique et institutionnel appelé à comprendre les mutations sociales, à écouter les citoyens, à apporter des réponses réalistes à leurs préoccupations et à traduire les politiques publiques en résultats concrets dans leur vie quotidienne.
Ce principe revêt une importance particulière dans les dossiers sociaux sensibles, notamment l’éducation, la santé, l’emploi, le logement, la protection sociale et le pouvoir d’achat. Ces secteurs exigent des ministres disposant de solides compétences techniques, mais également d’un véritable sens social et d’une capacité d’écoute et de décision.
Dans les dossiers stratégiques, le recours à des experts devient encore plus nécessaire. La question du Sahara marocain exige des compétences réunissant maîtrise juridique, expertise diplomatique et connaissance approfondie de la géopolitique, notamment après les difficultés relevées dans la mise en œuvre, par le ministère des Affaires étrangères, des orientations royales.
De même, les relations avec l’Union européenne requièrent des responsables capables de maîtriser la complexité des enjeux économiques, juridiques, commerciaux et politiques, de conduire les négociations et de défendre les intérêts nationaux dans le contexte actuel de tensions.
Dans cette perspective, il pourrait être pertinent que le prochain gouvernement intègre des ministres technocrates à certains postes clés, choisis en fonction de leur expertise et de leurs compétences, aux côtés de ministres issus des formations politiques. Une telle formule permettrait de rechercher un équilibre entre la décision politique et l’expertise technique.
S’agissant du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS), certains experts estiment que sa présence dans l’opposition pourrait constituer l’un des éléments de l’équilibre politique, en lui permettant de contribuer au débat public, d’exercer son rôle de contrôle et de formuler des propositions alternatives.
L’équation recherchée n’est donc ni celle d’un gouvernement exclusivement partisan, ni celle d’un gouvernement entièrement technocratique, mais celle d’un gouvernement doté d’une légitimité politique, soutenu par des compétences technocratiques et porteur d’une responsabilité sociale claire, au service du pays dans l’étape actuelle.
La prochaine étape nécessite un gouvernement qui ne soit pas évalué au seul nombre de ses ministres ou des partis qui le composent, mais à sa capacité à agir, à la qualité des compétences investies de la responsabilité de la décision, à sa proximité avec les citoyens et à son aptitude à défendre les intérêts stratégiques du Maroc.
La majorité apporte la stabilité, la compétence apporte l’efficacité, et la responsabilité sociale donne au travail gouvernemental son véritable sens.
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